Comme en témoigne mon billet de janvier 2008, je l'ai attendu avec impatience ce moment-là. Celui où le plus secret des chocolatiers parisiens allait enfin ouvrir une boutique à la mesure de son talent. Depuis lundi, c'est chose faite. Jacques Génin a pignon sur rue.
Le plus surprenant peut-être, c'est que même les choco-addicts le connaissent peu ou prou. Car derrière ce nom se cache un professionnel qui, jusqu'alors, ne travaillait que pour ses pairs. Pour le grand public, point de salut, à moins de fréquenter les palaces ou les boutiques de luxe qui ont expérimenté un temps le concept original de "vient choisir ta bague à 50.000 € à côté d'un pauvre qui boit du chocolat chaud", aka une joaillerie / bar à chocolat (pour info, J.G n'est plus chez Mauboussin)...
Autant le dire cash : tout chez Jacques Génin m'a enchanté. La boutique d'abord. Lumineuse, claire, moderne, et immensément spacieuse. A ma connaissance, il n'existe pas de chocolaterie d'une telle superficie à Paris. Cela ne signifie pas pour autant qu'il y a plus de produits qu'ailleurs, au contraire puisqu'on ne trouve pas (encore) de tablettes ou de macarons. Mais un agréable sentiment d'espace et donc, de liberté.
Les produits, pour le moment limités en gamme (bonbons de chocolat, pâtisseries, pâtes de fruit, nougat, caramels), sont véritablement à tomber à la renverse. Il faut goûter à cette ganache au chocolat noir et à la menthe; ce praliné à l'ancienne; ou encore cette pâte de fruit au melon... La ganache est d'une texture fondante, parfaitement équilibrée, d'un rapport plaisir/cm² nickelissime; le praliné est croquant à souhait et riche en amandes, et la pâte de fruit réussit la prouesse de bien rendre le goût du melon sans être trop sucré.
Quant aux pâtisseries, rien qu'à l'oeil, le désir nous submerge en une fraction de seconde. Le glaçage de l'éclair est d'une rare sensualité due à cet effet presque laqué, et le Paris Brest n'a pour une fois pas l'air d'un éléphant dans un magasin de porcelaine. Une bonne tenue, un petit lifting à la Nip Tuck, et hop, voilà un gâteau un brin ringardisé qui redevient dans le coup tout en gardant ses fondamentaux. Côté goût, j'ai suivi le conseil de M. Génin : j'ai dégusté les gâteaux chez moi à température ambiante. En principe, il y en avait un pour moi, et un pour mon chéri. Mais bon, je ne vais pas vous apprendre qu'il n'y a plus de justice dans ce monde (malheureusement pour Lui...). 1ère grosse claque dans ma face : le parfait degré d'amerture de l'éclair, le cacao bien présent, la densité de la garniture. 2ème claque dans ma face : la qualité des amandes du Paris Brest, la fraîcheur de la crème pâtissière. Exquis. Absolument, définitivement, divinement exquis.
La boutique de Jacques Génin accueillait autrefois la rédaction de feu le magazine Zurban. Aujourd'hui, au rez de chaussée, se trouve un espace dédié à la vente, ainsi qu'à la dégustation. Le salon de thé est ouvert de 11h à 20h, sans possibilité de déjeuner. Mais comble du rêve pour petits et grands : chacun est invité à emprunter un escalier pour découvrir le laboratoire de chocolat et pâtisserie. S'il n'y a pas trop de monde à l'intérieur, vous pouvez entrer, sinon, vous regardez à travers les grandes vitres. Le chef est là, fidèle au poste. Même un samedi soir à 18h30.
Les prix ressemblent à ceux pratiqués par les meilleurs (à la louche, 90 ou 100 € le kilo). Le packaging est hallucinant de modernité, de sobriété et d'élégance. Comme le dit l'un de mes amis, "ça créé un effet Waouh".
Puisque c'est bientôt les fêtes, je voudrais dire un voeu au père Noël : faire en sorte que Jacques Génin reste à jamais comme il est. Car tout est parfait.
Jacques Génin
133 rue de Turenne, Paris 3ème
M° Filles du Calvaire