Choisir un plat au restaurant va peut-être devenir aussi hasardeux que jouer au Loto sportif. On mise sur la réputation de l'équipe, on se laisse convaincre aux vues des récents bons résultats, et on parie sur eux. Mais comme tout jeu de hasard, parfois ça passe, parfois ça casse!

En ce mercredi soir, le restaurant le Bistral fait salle comble. La critique favorable parue dans le Figaroscope de ce jour n’y est sans doute pas étrangère. Dans le quartier, pas mal d’adresses qu’on se dit qu’il faudrait essayer (L’école, l'Abadache), mais une amie et moi-même nous rendons comme de bons petits soldats là où Emmanuel Rubin & co nous recommandent d’aller.

Petit resto qui ne paie pas de mine, carte sur ardoise avec des menus à 27 ou 30 € (sans compter les innombrables suppléments + 3 €), service compétent mais pas guindé : la 1ère impression est plutôt bonne, nous sommes disposées à bien manger. « Garçonnnn ? »

Mon amie étant enceinte, il y a désormais moult aliments qu’elle s’interdit d’ingurgiter. J’eusse aimer avoir les mêmes restrictions, peut-être ne me serai-je pas à ce point fourvoyée ? Mais est-ce ma faute si je me suis laissée bernée par ces intitulés extraordinaires, qui ont immédiatement titillés ma curiosité gustative ? Jugez plutôt :
- crème de potiron accompagnée de sa glace aux huîtres, saucisse en couteau et fudge de poireaux ;
- ½ caneton croisé en 2 cuissons (le filet poêlé et sauce au foie de canard), la cuisse braisée en pot-au-feu de légumes de Joël (ndlr : Joël Thiébault, LE maraîcher) ;
- gratin d’agrumes au wasabi, tuile au sésame et vinaigre croustillante.

Quand je commande l’entrée, il me vient bien sûr à l’esprit que je vais devoir faire gaffe à la glace aux huîtres, car guess what, je hate that. Mais bon, une glace, ça peut se dégager, surtout quand elle est posée sur une coquille. Oust, hors de l’assiette ! Malheureusement, 2 pauv’ huîtres gisant dans la crème, on ne peut pas y échapper, elles ont déjà contaminé le plat, faut se lancer. Je me lance donc et j’avale. Gloups difficile (mais je le répète, ceci est dû à mon dégoût personnel de madame l’huître).
2ème étape délicate et non-inscrite à l’ordre du jour : les épices. Où y a-t-il indiqué que la crème était relevée??? Non que je sois très chochotte, mais mes papilles aiment bien être prévenues avant d’être attaquées… Et puis le fudge…bof…qu’est-ce que c’était au juste ? Ces espèces de mèches vertes séchées qui prennent la pose ?

Next, le caneton. Je préfère prévenir : ½ caneton = la moitié de ce que vous mangeriez en temps normal chez maman = pas beaucoup (en particulier quand la viande reste désespérément accrochée aux os. Dilemme de « je mange avec les doigts ou pas ? »). Légumes de Joël Thiébault forcément bons, mais n’oublions pas que nous parlons de navets… Pas de quoi s’extasier. Le petit + qui fait lever un sourcil : le jus de bouillon à boire à la paille.

Last but not least. Une sorte de raifort en dessert. Mon père m’a toujours appris qu’on disait « ce n’est pas de mon goût » mais jamais « ce n’est pas bon ». Nous sommes en 2006, fuck daddy : « C’EST DE-GUEU-LAS-SE !!!!! »

Conseil : vous pouvez y aller (mon amie a aimé tous ses plats, la veinarde), mais ce sera à vos risques et périls. Je vous souhaite d'avoir plus de chance que mon estomac qui est, ce soir, en piteux état (ah oui, parce que le dessert-dégueu, je l’ai tout bouffé !!!)

To be a (good) Foodgeek or not to be, that is the question.

Le Bistral
80, rue Lemercier
75017 Paris